L’Institut International de la Gouvernance (IIG) publie ce jour une note stratégique majeure intitulée « Les financements innovants au Maroc : vers une nouvelle architecture de gouvernance financière publique ». L’étude, qui sera présentée prochainement aux ministères concernés et aux partenaires internationaux, dresse un diagnostic sans complaisance et propose une feuille de route ambitieuse pour la période 2026-2030.
Face à l’épuisement relatif des ressources budgétaires classiques et à l’impératif de transformation structurelle de l’économie, le Maroc a entrepris une mutation progressive mais significative de son architecture de financement du développement. Fonds souverain (Mohammed VI Investment Fund), finance verte, partenariats public-privé rénovés, capital-risque public, finance participative : la palette des instruments innovants s’est considérablement enrichie ces dernières années.
Mais cette diversification, si elle répond à des besoins réels, soulève une question centrale que l’IIG a placée au cœur de son analyse : quelle gouvernance pour garantir que ces nouveaux instruments servent efficacement le développement sans fragiliser les équilibres budgétaires ?
Un diagnostic contrasté : des atouts indéniables, des fragilités structurantes
La note de l’IIG dresse un état des lieux sans concession. Côté forces, le Maroc peut s’appuyer sur un écosystème financier mature, une volonté politique affirmée au plus haut niveau, un cadre juridique en évolution constante, et une expérience reconnue dans les montages complexes (énergies renouvelables, infrastructures).
Mais les fragilités sont tout aussi réelles. « La coordination interinstitutionnelle reste le talon d’Aiguille du dispositif », souligne la note. La multiplicité des acteurs – ministères, agences, fonds souverain, CDG, banques publiques – génère des risques d’empilement des dispositifs sans réelle complémentarité et de dilution de la redevabilité.
Plus inquiétant encore, la gestion des risques budgétaires implicites apparaît comme un angle mort majeur. Garanties publiques non consolidées, engagements implicites non budgétisés, absence de modélisation de la soutenabilité à long terme : autant de passifs contingents qui pourraient, à terme, générer des surprises budgétaires douloureuses.
« La régulation doit précéder l’innovation, non la rattraper »
Pour éclairer ses recommandations, l’IIG a mené un benchmark comparatif avec les expériences nigériane, sud-africaine, sénégalaise et européenne. L’enseignement est clair : « La régulation doit précéder l’innovation financière, et non la rattraper », prévient l’étude, en référence aux déboires du Nigeria où une croissance non régulée du fintech a généré bulles spéculatives et pratiques abusives.
Du Sénégal, l’IIG retient que « le portage politique est nécessaire mais doit s’adosser à des institutions solides » pour garantir la pérennité des réformes au-delà des alternances. De l’Union européenne enfin, émerge la leçon que « l’harmonisation des cadres et l’évaluation systématique sont des conditions de crédibilité sur les marchés internationaux ».
Une feuille de route en cinq axes pour 2026-2030
Face à ce diagnostic, l’IIG propose une feuille de route structurée autour de cinq chantiers prioritaires :
1. Une doctrine nationale des financements innovants – Adoptée par circulaire du Chef du Gouvernement, elle définirait les principes d’intervention de l’État (subsidiarité, additionnalité, partage des risques) et les règles d’articulation entre instruments budgétaires et extra-budgétaires.
2. Des réformes institutionnelles majeures – Création d’un comité interministériel d’orientation et de suivi placé auprès du Chef du Gouvernement, d’une cellule d’évaluation des risques budgétaires implicites à la Direction du Budget, et adoption d’une loi-cadre sur la finance verte avec taxonomie nationale et autorité de certification indépendante.
3. La mobilisation du secteur privé et de l’épargne longue – Élargissement de l’assiette des investisseurs institutionnels, lancement d’un programme national de blended finance pour les PME et startups, et création d’instruments dédiés à la diaspora (obligations, fonds d’investissement).
4. L’intégration dans la loi de finances – Annexe annuelle sur les financements innovants, intégration d’objectifs dans les documents de performance, et évaluation systématique de l’impact macro-budgétaire des nouveaux instruments.
5. La digitalisation du suivi et de l’évaluation – Développement d’une plateforme intégrée, publication d’indicateurs clés (montants mobilisés, emplois créés, levier privé), et généralisation de l’évaluation d’impact confiée à des évaluateurs indépendants.
Des objectifs chiffrés pour piloter la transformation
La note propose également un tableau de bord d’indicateurs stratégiques avec des cibles à 2026 et 2030. Parmi les objectifs les plus ambitieux : porter l’encours des financements innovants de 3 % à 10 % du PIB en 2030, atteindre un effet de levier de 1 dirham public pour 5 dirhams privés, créer 150 000 emplois cumulés via ces instruments, et porter à 100 % la part des conventions rendues publiques.
« L’enjeu n’est pas financier : il est politique »
Dans sa conclusion, l’IIG invite à dépasser la seule dimension technique. « L’enjeu final n’est pas financier : il est politique », insiste la note. « Il s’agit de bâtir une architecture qui serve le développement du pays, réduise les inégalités territoriales et sociales, et prépare l’avenir des générations futures. »
L’Institut formule deux recommandations immédiates : que la prochaine loi de finances intègre une annexe stratégique sur les financements innovants, et que soit organisé dès 2026 un Dialogue national sur la gouvernance financière publique, associant État, collectivités territoriales, secteur privé, société civile et partenaires internationaux.
« Le Maroc peut émerger comme un hub régional de la finance innovante – à la condition de placer l’ingénierie de gouvernance au cœur de l’ingénierie financière », conclut la note, qui sera présentée prochainement aux ministères concernés et aux partenaires techniques et financiers du Royaume.
Contact presse
Institut International de la Gouvernance
Email : contact@iigouvernance.com
Tél : +212 6 61 276787
La note stratégique « Les financements innovants au Maroc : vers une nouvelle architecture de gouvernance financière publique » sera disponible en intégralité sur le site de l’IIG : www.iigouvernance.com à partir du 20 février 2026
