L’Institut International de la Gouvernance (IIG) publie ce mois-ci, dans le cadre de sa série dédiée aux politiques publiques « Gouvernance territoriale », une note stratégique intitulée « Renforcer la gouvernance territoriale et l’action publique grâce à un leadership national stratégique – Cas du Maroc et enseignements internationaux » (réf. IIG-GT-2025-01, Décembre 2025).
Cette analyse approfondie, qui s’appuie sur un cadre conceptuel solide et une étude de terrain au Maroc, propose un décryptage essentiel des mécanismes permettant de combler le fossé trop fréquent entre les ambitions nationales et leur réalisation effective sur les territoires. Voici les principaux enseignements de cette publication.
Dans un monde marqué par des fractures territoriales croissantes et une défiance envers les institutions, comment les États peuvent-ils assurer une mise en œuvre effective et équitable de leurs politiques sur l’ensemble de leur territoire ? La note de l’IIG apporte un éclairage décisif sur cette question cruciale. S’appuyant sur une analyse internationale, elle plaide pour un nouveau modèle de gouvernance où un leadership national fort et éclairé pilote, sans étouffer, l’action des territoires.
Le fossé entre la vision et le terrain
Le constat de départ est sans appel : partout, les gouvernements peinent à traduire leurs stratégies nationales ambitieuses en résultats concrets et durables à l’échelle locale. Trois obstacles majeurs se dressent : des disparités territoriales qui se creusent, une coordination défaillante entre la myriade d’acteurs publics, et un déficit chronique d’évaluation des impacts réels. « Une politique de santé ou d’éducation uniforme, sans adaptation aux bassins de vie, échoue à garantir un service équitable », illustre la note, pointant le risque d’une action publique déconnectée et inefficace.
Le leadership stratégique : bien plus qu’une simple autorité
Face à ce diagnostic, l’IIG identifie le leadership stratégique national comme le levier central de transformation. Il ne s’agit pas du pouvoir hiérarchique traditionnel, mais de la capacité des plus hautes instances de l’État à définir une vision collective, à la traduire en priorités claires, à impulser des réformes et à fédérer tous les acteurs. « C’est un rôle de capitaine de navire qui donne le cap et aligne l’équipage, plutôt que de contrôler chaque geste », résume le rapport. Pour être effectif, ce leadership doit remplir trois fonctions : servir de boussole pour aligner les politiques, agir comme catalyseur pour coordonner les acteurs, et être un moteur pour instaurer une culture de la performance et de la redevabilité.
L’exemple marocain : une architecture avancée, des défis persistants
Le Maroc, présenté comme un « cas d’étude particulièrement éclairant », incarne à la fois les avancées et les limites de cette approche. Sous l’impulsion d’un leadership royal affirmé, le pays s’est doté d’un cadre ambitieux : la Régionalisation Avancée, consacrée par la Constitution de 2011, le Nouveau Modèle de Développement et tout un écosystème de stratégies sectorielles. Des outils concrets comme les Programmes de Développement Régionaux et les Contrats-Programmes État-Régions ont été mis en place pour opérationnaliser cette vision.
Pourtant, le rapport souligne que « l’efficacité ultime de cette architecture est encore contingentée ». Des défis de « seconde génération » persistent : des capacités inégales entre régions littorales dynamiques et régions intérieures, une autonomie financière des collectivités encore limitée, et surtout, une absence de système intégré d’évaluation d’impact. « La performance reste trop souvent mesurée à l’aune des mètres de route goudronnés, plutôt qu’à la contribution réelle au bien-être », déplore l’étude.
Quatre priorités pour une action publique renouvelée
Pour dépasser ces écueils et inspirer l’action des décideurs, l’IIG formule quatre recommandations phares, présentées comme un système cohérent :
- Digitaliser le pilotage en créant des Observatoires Territoriaux Stratégiques et des tableaux de bord partagés pour une transparence et une réactivité accrues.
- Renforcer massivement les capacités des territoires les plus fragiles via une Agence Nationale d’Appui, car « l’autonomie sans capacité est une illusion dangereuse ».
- Généraliser la gestion par les résultats en liant une partie des financements à l’atteinte d’objectifs et en instaurant des évaluations d’impact indépendantes.
- Consolider la transparence et la participation citoyenne par des budgets ouverts, des consultations structurées et des mécanismes de redevabilité sociale.
Une nécessité pour la cohésion et les ODD
Au-delà de l’optimisation administrative, l’enjeu est profondément politique. Selon l’IIG, une gouvernance territoriale rénovée, pilotée par une vision nationale incarnée, est l’accélérateur incontournable de deux objectifs majeurs : la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’Agenda 2030, qui nécessitent une action territorialisée, et la reconquête de la confiance citoyenne. « Il transforme le citoyen en usager passif en partie prenante active, consolidant les fondements démocratiques », conclut le rapport.
La note de l’IIG lance ainsi un appel clair : face à la complexité des défis, la réponse ne réside ni dans un centralisme aveugle ni dans un localisme sans cap, mais dans la construction de systèmes de gouvernance agiles et apprenants, où leadership national et territoires responsabilisés avancent de concert. Un modèle exigeant, mais présenté comme la seule alternative crédible pour assurer un développement à la fois efficace et équitable.
Pour demander une copie de la note, merci de contacter l’IIG à l’adresse suivante : contact@iigouvernance.com
